Parasitisme intestinal : les strongles digestifs chez les ovins

Image par Manfred Richter de Pixabay

En élevage ovin, les strongles gastro-intestinaux représentent une dominante pathologique, et la gestion de ces infestations parasitaires s’est longtemps basée sur des traitements « à l’aveugle » de tous les animaux du troupeau plusieurs fois dans la saison. Mais de nombreuses résistances aux différents produits utilisés sont apparues, et les traitements ont un coût non négligeable. Il importe donc d’appréhender au mieux ces maladies parasitaires pour traiter de façon raisonnée en prenant en compte les différents paramètres.

 

 

Les différents strongles gastro-intestinaux et leur cycle

 

Le mouton peut être infesté par plusieurs espèces de strongles, qui ont chacune des localisations différentes dans le tube digestif.

 

Caillette

Teladorsagia (Ostertagia), Haemonchus, Trichostrongylus

Intestin grêle

Trichostrongylus, Cooperia, Nématodirus

Caecum / colon

Oesophagostomum, Chabertia

 

Les cycles de ces divers parasites ont une durée de 15 à 40 jours en moyenne, selon les espèces, avec une phase externe (dans le milieu extérieur) et une phase interne (chez l’hôte).

• Les œufs embryonnés et les larves L3 sont les formes de résistance dans le milieu extérieur. Les pics de L3 sur les pâtures se situent en fin de printemps et à l’automne, où les conditions d’humidité et de température (25°-30°C) sont généralement optimales ; à l’inverse, un froid prolongé peut faire diminuer la quantité de L3, et une sécheresse limiter leur développement. Il est à noter que les larves L3 se concentrent généralement sur les 5 premiers centimètres d’herbe, et le surpâturage favorise donc la contamination.

En phase interne : après ingestion par les ovins des larves L3 situées sur l’herbe, le développement du parasite s’effectue en environ 3 semaines dans le tube digestif de l’hôte (parfois plus rapidement pour certains parasites), avec excrétion d’œufs dans les crottes, qui éclosent et se transforment en L3 dans le pré. Si les conditions météorologiques sont favorables, plusieurs cycles consécutifs du parasite peuvent avoir lieu, augmentant ainsi de façon exponentielle la contamination des pâtures...

 

Les principales conséquences des infestations par les strongles gastro-intestinaux sont des spoliations et des fuites de nutriments, particulièrement néfastes chez les jeunes animaux, chez lesquels on peut constater de l’amaigrissement, une diminution de l’appétit et un tri des aliments, voire une anémie rapide et parfois fatale.

 

Les risques d’infestation sont accrus avec :

• l’augmentation de la densité larvaire sur les pâtures dès le mois de mai, avec un pic vers juillet 

• des printemps / automnes tempérés et humides, et pics si pluies après une période de sécheresse

• surpâturage (cf. plus haut) et sous-nutrition (animaux plus réceptifs en cas de carences en vitamine A et protéines)

• mélange d’animaux d’âges différents (recyclage plus rapide des parasites par les jeunes animaux)

 

 

Les signes cliniques

 

Il existe des signes généraux plus ou moins communs à toutes les strongyloses, comme une perte d’état et une diminution de productivité (fertilité, lactation) chez les adultes, des entérites, des anémies. Chez les jeunes, possible diarrhée chez plusieurs animaux du troupeau.

Selon les parasites en cause, des signes plus spécifiques peuvent être observés : par exemple, une contamination par Haemonchus peut entraîner chez les agneaux une anémie rapide et parfois mortelle ; une nématodirose (entre début mai et fin juin) provoque une diarrhée abondante, des coliques, une soif importante et de l’amaigrissement sur environ 30% des agneaux.

 

 

Que faire en cas de suspicion ?

 

Le vétérinaire pourra réaliser des autopsies s’il y a eu de la mortalité dans le troupeau (dans les 12h de préférence), et faire des analyses de selles, soit par coproscopie (mise en évidence des œufs sans différenciation des espèces de strongles – permet d’évaluer l’intensité globale du parasitisme par les strongles gastro-intestinaux), par coproculture (on fait évoluer les œufs en L3 pour identifier les parasites), ou encore analyses d’herbe (récolte et identification des L3 présentes).

En fonction des résultats, le praticien pourra prescrire un traitement adapté au parasite, mais aussi à la conduite d’élevage : certaines molécules permettent un retour au pâturage après administration, d’autres imposent une entrée en bergerie. Il sera également nécessaire de tenir compte des résistances signalées dans la région.

 

 

Les points–clés de la prévention

 

La prévention est essentielle pour limiter l’emploi de molécules antiparasitaires ayant un impact sur l’environnement, et elle recouvre plusieurs volets :

 

Une bonne gestion des pâturages

- Mise au repos prolongé (plusieurs mois) de certaines parcelles, afin de les décontaminer au moins partiellement, et de faire diminuer la pression parasitaire

- Utilisation des prairies saines (nouvelles) en priorité pour les agneaux

- Limitation du chargement des parcelles

- Pas de surpâturage (herbe trop rase à ingestion de plus de larves L3)

 

Un bon entretien des animaux :

Alimentation suffisante, équilibrée (bon apport en protéines) et de qualité (pour améliorer la résistance et compenser la malabsorption due aux parasites.

 

Un calendrier de traitements raisonné :

- Les animaux les plus sensibles et les plus « excréteurs » (stress) étant les brebis avant agnelage et les agneaux (notamment après sevrage), il sera bon de traiter un mois avant agnelage et deux semaines avant sevrage pour limiter l’ensemencement des pâtures.

- Il est également bon de traiter les animaux avant l’entrée en bergerie.

- Après un traitement, il faut éviter de changer de prairie immédiatement pour ne pas ensemencer de nouvelles parcelles avec des parasites potentiellement résistants.

- Les agneaux sevrés seront mis de préférence sur des prairies « saines » (repousses de fauche ou de cultures) pour retarder les réinfestations.

 

Il est à noter que passé 18 mois, une immunité s’installe, et les ovins qui ingèrent des larves vont les détruire ou les inhiber avant qu’elles ne deviennent excrétrices. Cette immunité est variable et dépend des individus, de l’alimentation ou de facteurs de stress.

Il a été cité un peu plus haut la plus grande fréquence de relargage d’œufs de strongles par les brebis au moment de la mise-bas. De même, il a été constaté que certains moutons sont génétiquement plus sensibles aux strongles (« super-excréteurs »). Il importe donc de les identifier et d’éliminer leur descendance lors du renouvellement du troupeau (sélection des agnelles et des béliers).

 

Des solutions alternatives ont été proposées et/ou sont à l’étude, telle la consommation de certaines plantes à tannins (sainfoin, chicorée...) ou encore le pâturage commun ou alterné avec d’autres espèces (chevaux, bovins), qui permet une réduction de la contamination des parcelles par ingestion des larves qui seront alors détruites.

 

Une prise en charge adéquate des strongyloses gastro-intestinales des ovins passe par de bonnes pratiques d’élevage (suivi des cycles de pâturage, etc...) et des traitements raisonnés, basés sur l’observation des animaux et la concertation avec le vétérinaire de l’élevage.

 

Rédigé par : Isabelle Mennecier - Docteur Vétérinaire

15/06/2020